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La peur de la récidive

La peur de la récidive

par Dre Olivia Regnault, Psychologue chez AlphaPsy

 

Dans les 10 dernières années j’ai eu la chance de travailler, comme stagiaire ou comme psychologue, dans des secteurs très différents de la psychologie médicale. Il y a eu l’unité des grands brûlés, l’oncologie, la neurologie, l’infertilité, la transplantation rénale et la clinique de douleur chronique. Tous ces patients, bien qu’ayant des problématiques de santé physique différentes, présentaient souvent un aspect commun dont je souhaite parler ici : la peur de la récidive. Que ce soit : le patient grand brûlé qui a été brûlé chez lui et craint un nouvel accident une fois retourné à la maison ; le patient en oncologie en rémission qui craint un nouveau cancer ; le patient ayant fait un AVC qui craint d’en refaire un autre ; le patient ayant reçu un nouveau rein qui craint un rejet ou une détérioration de ce rein ou encore ; le patient souffrant de crises de douleur aiguë qui craint le moment de la prochaine crise.

La crainte du futur est un facteur commun pour tous ces patients. Qu’on lui donne le nom d’inquiétude, d’anxiété, d’angoisse, elle est présente pour tous. Elle est au dessus de nos têtes telle une épée de Damoclès, nous rendant apeurés à l’idée qu’elle nous tombe dessus. Certains patients y réfèrent même parfois comme à un «monstre dans le placard», celui que l’on craignait la nuit quand on était petits et qui revient, malgré nous, hanter notre esprit une fois adultes.

En tant que psychologue je pense qu’il est important dans un premier temps de valider et légitimer cette crainte du futur. Il y a un risque de récidive oui, parfois même un risque chiffré en probabilité. Nous ne pouvons pas dans la vie avoir le contrôle sur tout et nous n’avons pas de boule de cristal pour prédire le futur. Toutefois, considérant cette probabilité, une question importante se pose pour la suite : allons-nous laisser ce risque, cette probabilité, envahir notre quotidien et nous plonger dans la peur constante ? Ou allons nous trouver une alternative.

Bien sûr, cela n’est pas simple et il est souvent difficile de calmer nos craintes. J’ai pu toutefois constater que la pleine conscience et le moment présent peuvent être des antidotes puissants. Ils nous ramènent en effet bien souvent à l’essentiel , à ce sur quoi nous avons vraiment le contrôle : le temps qui est en train de passer en ce moment précis (ce que nous faisons, où nous sommes, avec qui etc).

Vivre dans le moment peut se développer de différentes façons chez chacun. Par exemple, en surveillant ce à quoi nous prêtons attention. Il s’agit de reprendre le contrôle sur notre esprit et de concentrer notre attention sur une seule et unique chose : ce qui se passe ici et maintenant. Je tiens à préciser que dans nos rythmes de vie de plus en plus rapides, cela devient souvent tout un défi. Vous rappelez-vous de la dernière fois où vous vous êtes vraiment sentis «focusés» sur une seule chose, prêtant entièrement attention à ce que vous étiez en train de faire? Si oui, ce que vous avez vécu dans ce moment était une expérience de pleine conscience.

Il est important de préciser que bien souvent nous arrivons plus facilement à être pleinement conscients quand quelque chose nous plaît ou nous est agréable. Par exemple: une bonne odeur que nous sentons pleinement, un film que nous aimons et que nous regardons en étant absorbés par l’histoire, un texte que nous écrivons en ne pensant qu’à ça. On dit souvent que dans ces moments, «tout le reste» n’importe plus, ce qui compte c’est juste nous, ce que nous faisons, avec qui nous sommes (si nous sommes entourés), etc. Vous remarquerez, la prochaine fois que cela vous arrive, à quel point cet état de pleine conscience est incompatible avec l’anxiété à propos du futur puisque nous ne pouvons pas, humainement, penser à deux choses en même temps. Il vaut donc la peine de tenter le plus possible de ramener notre esprit à penser au moment actuel plaisant, l’empêchant par le fait même de tomber dans des pensées stressantes sur le futur.

À la lumière de tout cela, j’espère avoir suscité en vous une réflexion sur le fait qu’il est important de cultiver la pleine conscience, cet antidote intérieur aux craintes. Quand nous faisons cela, nous constatons que nous avons tous, en nous, le pouvoir d’écarter le futur et de nous concentrer sur ce précieux cadeau qu’est le moment présent.

 

«Le moment présent a un avantage sur tous les autres : il nous appartient»

Charles Caleb Colton

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Une formation de yoga oncologie destinée à des professeurs de yoga accrédités (Montréal,25 au 28 avril 2019)

En avril dernier j’ai eu le l’opportunité avec ma collègue Dre Annelie Anestin d’offrir une formation de yoga oncologie à des professeurs de yoga recrutés par la fondation du cancer du sein du Québec. En effet, offrir des cours de yoga à des personnes atteintes de cancer du sein requiert des connaissances particulières.

Le programme de 6 semaines offert a été adapté de la méthode de yoga du professeur Bali afin de pouvoir l’étudier dans deux recherches doctorales à l’université du Québec. Des résultats préliminaires ont démontrés des bienfaits sur la qualité de vie, les symptômes dépressifs et la fatigue durant les traitements de chimiothérapie. Le programme de yoga Bali est issu de Madan Bali un maître reconnu de yoga qui enseigne au Canada depuis plus de 40 ans. 23 professeurs de yoga venant d’un peu partout au Québec ont suivi une formation intense de 4 jours. La première partie de la formation couvrait les données théoriques et empiriques émanant de la psycho-oncologie.  

La deuxième partie incluait la théorie sur la méthode  de yoga de Madan Bali ainsi que  la pratique et l’apprentissage de cette approche adapté pour la recherche s’intitulant le programme de yoga Bali pour le cancer du sein (PYB-CS).

Le programme yoga Bali inclut de la psycho éducation sur le cancer du sein ,des postures de yoga adaptés à cette population ainsi que de la visualisation et de la méditation pleine conscience. L’emphase est mise d’avantage sur l’expérience vécue durant les postures et les périodes de relaxation fréquentes afin de favoriser un sentiment de prise en charge face à la maladie.  

Les professeures de yoga ont toutes reçues l’accréditation à cette formation et pourront offrir du yoga sécuritaire et bénéfique aux personnes atteintes de cancer du sein avec qui elles travaillent. En effet, lorsqu’on enseigne le yoga à des personnes atteintes de cancer du sein, il faut être à l’écoute des besoins spécifiques de cette population et en tenir compte lors de la pratique. Chaque personne a une histoire unique. La connaissance des étapes de la maladie et de ses traitements ainsi que ses répercussions physiques et psychologiques est nécessaire.

Merci à la fondation du cancer du sein d’avoir participer au recrutement des  professeurs de yoga et de les supporter dans leurs activités d’enseignement auprès de cette population.

Références :

  • Anestin, A.S., Dupuis, G., Lanctôt, D., Bali, M. (2016). The effects of the Bali Yoga Program for Breast Cancer patients (BYP-BC) on Cancer Related Fatigue: Results of a Randomized partially blinded Controlled trial – Article publié dans le Journal of Complementary and Integrative Medicine
  • Lanctôt, D., Dupuis, G., Marcaurelle, R., Anestin, A.S. & Bali, M. (2016). The effects of the Bali Yoga Program (BYP-BC) on reducing psychological symptoms in breast cancer patients undergoing chemotherapy: Results of a Randomized partially blinded trial. Journal of Complementary and Intergrative Medecine. DOI 10.1515/jcim-2015-0089
  • Anestin, A. S., Dupuis, G., Lanctôt, D., Marcaurelle, R., Dubé, P, Martin, G et Bali, M. (2013). The impact of a yoga program (Bali Yoga Program-Breast Cancer, BYP-BC) on mood changes among women diagnosed with breast cancer undergoing chemotherapy. Affiche présentée à « Canadian Psychosocial Oncology Conference », Ottawa, Ontario, Canada
  • Lanctôt, D., Dupuis, G., Marcaurelle, R., Anestin, A.S. & Bali, M. (2012). « L’impact du programme de yoga Bali sur la condition psychologique et la qualité de vie de femmes recevant une chimiothérapie pour le cancer du sein » Thèse de doctorat, Université du Québec à Montréal, http://virtuolien.uqam.ca/tout/UQAM_BIB001196002
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